La 26e édition des Assises de la cybersécurité s'est tenue du 7 au 9 octobre 2026 au Grimaldi Forum de Monaco. Parmi les constats qui ont structuré les échanges, un sujet est sorti de l'ombre : les fuites de données sont devenues l'incident le plus fréquemment vécu et, pour la première fois, le plus ouvertement discuté. Ce changement de posture traduit une réalité opérationnelle, et les agents IA en sont le nouveau vecteur d'accélération.
La parole se libère sur les fuites de données
Pendant des années, les organisations victimes d'une fuite de données évitaient d'en parler dans les cercles professionnels. La crainte des effets réputationnels, des questions des clients et de la réaction des régulateurs les incitait au silence. Les Assises 2026 ont marqué une rupture : le Journal du Net, qui couvre l'événement depuis ses débuts, a choisi pour titre « la parole s'est enfin libérée sur les fuites de données » (Journal du Net, 13 octobre 2026).
Ce changement n'est pas culturel au sens abstrait du terme. Il est le produit d'un volume d'incidents suffisamment élevé pour que de nombreuses organisations présentes à Monaco en aient vécu un dans les dix-huit derniers mois. Quand l'expérience est partagée, l'échange devient utile et le silence contre-productif.
Pour votre organisation, ce signal a une traduction directe : vos partenaires, prestataires et clients ont désormais leur propre vécu. La question ne porte plus sur la probabilité d'un incident, mais sur la qualité de votre dispositif de réponse quand il surviendra.
L'IA abaisse le coût d'entrée pour les attaquants
À Monaco, Guillaume Vassault-Houlière, directeur général de YesWeHack, a énoncé un constat simple : « Avec l'IA, tout un chacun peut lancer des cyberattaques » (Assises de la cybersécurité, 8 octobre 2026). Cette phrase résume une rupture que les modèles de menace doivent intégrer.
Les campagnes d'exfiltration ciblée, qui demandaient jusqu'ici plusieurs semaines à des équipes organisées, peuvent désormais être conduites par un individu sans compétence technique avancée. Un agent IA peut identifier les fichiers à valeur dans un système, les compresser et les transmettre vers un service externe, tout en adaptant son comportement pour contourner les détections habituelles. Ce n'est pas une évolution des techniques, c'est une évolution du coût d'accès à ces techniques.
Le volume d'exposition croît mécaniquement. À titre d'illustration, environ 3 000 CVE ont été publiées pour le seul navigateur Chrome en 2026, contre moins de 250 l'année précédente (données citées aux Assises de la cybersécurité, IT for Business, 13 octobre 2026). Chaque vulnérabilité non corrigée représente une surface d'entrée potentielle pour ce type d'attaque automatisée.
L'agent IA comme entité interne non contrôlée
L'intervention de Radware aux Assises a mis en évidence un vecteur de menace spécifique aux organisations qui déploient des agents IA en interne. La formulation utilisée résume le problème : un agent IA peut « être vu comme une entité légitime disposant d'accès aux données les plus confidentielles » (Radware, Assises de la cybersécurité, octobre 2026).
Vos outils de détection comportementale sont calibrés pour des actions humaines inhabituelles : un compte qui accède à des volumes anormaux de fichiers, à des heures atypiques, depuis un terminal non enrôlé. Un agent IA opérant avec des tokens valides ne déclenche pas nécessairement ces heuristiques. Il agit à la vitesse de la machine, consulte des milliers de documents en quelques minutes, et apparaît dans vos journaux d'accès comme une application autorisée.
Un exemple concret : un agent IA déployé pour préparer automatiquement vos rapports de conformité dispose, par définition, d'un accès en lecture à vos politiques de sécurité, à vos cartographies de risques et à vos contrats fournisseurs. Si ce compte de service est compromis ou mal paramétré, l'ensemble de ce patrimoine documentaire peut être exfiltré sans qu'aucune alerte comportementale ne se déclenche.
Ce point est directement lié à la gestion des identités non-humaines, dont les programmes NIS2 et DORA sous-estiment encore le périmètre. L'article sur les identités non-humaines comme angle mort systémique détaille les obligations de gouvernance que ces entités génèrent dans votre programme de conformité.
Ce que votre programme de sécurité doit revoir
Les constats des Assises 2026 conduisent à trois ajustements opérationnels.
Étendre la surveillance DLP aux flux API et aux agents. La prévention des fuites de données couvre généralement les terminaux, les messageries et les outils de partage. Les flux sortants via des API tierces ou des agents IA internes n'entrent souvent pas dans ce périmètre. Commencez par un inventaire des sorties de données autorisées en incluant les identités non-humaines et les services IA déployés dans vos environnements.
Préparer le processus de notification RGPD à un volume plus élevé. L'article 33 du RGPD impose une notification à la CNIL dans les 72 heures suivant la constatation d'une violation de données personnelles. Si le volume d'incidents augmente, ce délai devient un critère de dimensionnement de votre équipe de réponse. Un processus entièrement manuel ne tient pas à l'échelle. Les organisations qui ont mis en place des workflows de qualification automatisée, avec décision humaine en bout de chaîne, respectent cette contrainte de façon structurée.
Tester vos alertes sur des scénarios d'exfiltration par agent. Vos exercices doivent inclure des patterns propres aux agents IA : volumétrie élevée sur une courte période, accès à des ressources sensibles depuis un compte de service, transmission vers un endpoint externe. Ces patterns ne ressemblent pas à une attaque humaine classique et ne déclencheront pas vos alertes si vous ne les avez pas explicitement paramétrées.
La conformité ne suffit plus comme objectif terminal
Le thème des Assises 2026, « Osons ! », invitait les responsables cyber à prendre un rôle stratégique dans leur organisation. Ce message vaut aussi pour la conception de vos programmes de sécurité. Un dispositif construit pour satisfaire un audit annuel n'est pas dimensionné pour détecter une exfiltration conduite par un agent IA en quelques minutes. Le fossé entre conformité formelle et maîtrise réelle du risque ne s'est pas réduit en 2026, il s'est creusé.
Si vous souhaitez évaluer votre couverture sur les vecteurs d'exfiltration identifiés aux Assises 2026, notre prestation d'intégration des outils de sécurité inclut une revue des flux de données sortants et le paramétrage des détections adaptées aux environnements agentiques.
